Finances à la loupe : Stéphane, contrôleur des finances publiques entre reconstruction et résilience

Stéphane, 41 ans, contrôleur des finances publiques à Bordeaux, connaît les chiffres par cœur. C'est son métier. Mais depuis trois ans, ce sont surtout les siens qu'il scrute chaque semaine : une séparation, un crédit conso à solder, deux enfants en garde alternée, et un budget qu'il reconstruit euro par euro.

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De catégorie C à catégorie B : un parcours de progression interne

Stéphane a rejoint la Direction générale des Finances publiques à 24 ans, après avoir décroché le concours de catégorie C. Fils d’artisan, il a grandi en observant les hauts et les bas d’une activité indépendante. La fonction publique représentait pour lui la stabilité qu’il recherchait.

Pendant onze ans, il enchaîne les missions d’accueil fiscal, de saisie, de gestion de dossiers. Un quotidien répétitif, mais formateur. À 35 ans, il passe le concours interne et accède à la catégorie B. Aujourd’hui, il gère l’accueil fiscal, le contrôle sur pièces et le contentieux. En première ligne face aux usagers, il doit expliquer, rassurer, parfois recadrer. Un métier technique autant qu’humain.

Revenus : la stabilité du fonctionnaire… avec ses limites

Avec son ancienneté et son grade, Stéphane perçoit un traitement indiciaire qui lui assure environ 2 050 € nets mensuels. S’y ajoutent 230 € de RIFSEEP (régime indemnitaire de la fonction publique d’État), 8 € d’indemnité télétravail et 42 € de tickets restaurant (valeur employeur). Après prélèvement à la source (−150 €), il dispose d’environ 2 288 € nets en cash chaque mois.

À cela s’ajoutent 70 € d’allocations familiales (part liée à la garde alternée) et, en théorie, 80 € de pension alimentaire versée par son ex-conjointe. Mais certains mois, cette pension arrive en retard ou pas du tout, compliquant la gestion du budget.

SourceMontant €/mois
Traitement net + RIFSEEP + indemnité télétravail2 288
Allocations familiales70
Pension alimentaire (irrégulière)80
Total revenus disponibles2 438
(dont tickets resto en nature)(+42)

La séparation : un choc financier qui pèse encore

Il y a trois ans, la séparation a tout chamboulé. Malgré une rupture à l’amiable, l’impact financier a été brutal : partage des biens, frais d’avocat, déménagement. Pour boucler, Stéphane a dû souscrire un crédit conso de 6 000 €. Aujourd’hui, il lui en reste environ 4 000 € à rembourser, à raison de 150 € par mois.

« C’est une mensualité qui me pèse. Je la vois partir tous les mois et je me dis que ces 150 €, je pourrais les mettre de côté. Vivement que ce soit fini. »

Budget : un équilibre fragile, optimisé au centime près

Stéphane vit seul dans un T3 en périphérie de Bordeaux, accessible en tram. Il a choisi cet appartement pour que ses enfants aient chacun leur chambre lors de leurs séjours, privilégiant leur stabilité malgré le poids financier. Ses deux enfants, 8 et 12 ans, vivent une semaine chez lui, une semaine chez leur mère.

Détails des finances de Stéphane

CatégoriePosteMontant €/mois
Logement et chargesLoyer900
Charges locatives / eau40
Électricité / gaz60
Assurance habitation10
Sous-total logement1 010
Alimentation et vie couranteCourses et produits ménagers460
Moins tickets resto−42
Sous-total alimentation418
TransportsAbonnement TBM (tram/bus)53
Assurance auto40
Carburant70
Entretien / contrôle technique20
Stationnement / péages10
Sous-total transports193
EnfantsCantine / périscolaire110
Activités (foot, danse)50
Vêtements / fournitures25
Garde ponctuelle15
Sous-total enfants200
SantéMutuelle36
Reste à charge moyen15
Sous-total santé51
AbonnementsInternet box28
Mobile18
Streaming / culture10
Sous-total abonnements56
Vie perso et diversLoisirs / sorties50
Habillement adulte25
Cadeaux / famille20
Sous-total perso95
DettesCrédit consommation150
Total dépenses (hors épargne)2 173

Garde alternée : tout en double, budget sous tension

La garde alternée, bénéfique pour les enfants, pèse lourd sur le budget. Tout est en double : fournitures, vêtements, activités. « Le foot pour le grand, la danse pour la petite, ça grimpe vite. Et la cantine, le périscolaire… Chaque mois, je débourse 200 € rien que pour eux, hors alimentation. »

Les dépenses alimentaires incluent déjà les enfants lors de leurs séjours. Stéphane privilégie le drive, les marques repères et les menus planifiés. Mais les imprévus restent fréquents : anniversaires, sorties pizza, etc.

Épargne : reconstruire, petit à petit

Avec 2 288 € de revenus cash et 2 173 € de dépenses, Stéphane dégage 115 € de marge mensuelle. C’est peu, mais c’est mieux qu’il y a un an, quand il finissait certains mois à zéro, voire en négatif.

Ces 115 €, il les met de côté religieusement :

  • 100 € sur son Livret A (il envisage d’ouvrir un LEP s’il y est éligible)
  • 15 € sur une enveloppe « vacances et imprévus »

Son objectif : reconstituer trois mois de dépenses de base, soit environ 6 500 €. Aujourd’hui, il en est à 2 800 €. Encore deux ans à ce rythme, si tout va bien.

« Un imprévu, et tout s’écroule. L’an dernier, la voiture a eu un problème de boîte de vitesses : 800 € de réparation. J’ai dû piocher dans le Livret A. Ça m’a mis un coup au moral. »

Perspective : quand le crédit sera soldé

Une fois le crédit conso soldé (dans environ deux ans), Stéphane prévoit de rediriger les 150 € mensuels vers son épargne de précaution, puis vers des placements long terme :

  • PEA avec ETF monde : 50 à 100 €/mois
  • PER individuel pour défiscaliser à la marge : 30 à 50 €/mois

Il cotise déjà au RAFP via ses primes, mais les montants sont faibles et automatiques. Il veut prendre les choses en main pour la retraite.

ÉlémentMontant €/mois
Épargne actuelle (Livret A + enveloppe)115
Après extinction crédit conso (dans 2 ans)265
Objectif matelas de sécurité6 500 € (3 mois)
Horizon matelas complet2 ans

Les leviers d’optimisation : chaque euro compte

Stéphane a identifié plusieurs pistes pour grappiller quelques euros supplémentaires :

  • Comparer les assurances auto et mutuelle : gain potentiel de 10 à 20 €/mois
  • Optimiser les courses (menus planifiés, anti-gaspi) : économie de 20 à 40 €/mois
  • Réexaminer les abonnements (streaming, forfaits) : gain de 10 €/mois
  • Renégocier le loyer ou déménager dans deux ans : libération potentielle de 100 €/mois

« Si je trouve un T3 à 800 €, ça me libère 100 € de plus par mois. Mais je ne veux pas trop éloigner les enfants de leur école et de leur mère. C’est un équilibre fragile. »

Entre rigueur professionnelle et réalité personnelle

Ce qui frappe chez Stéphane, c’est sa lucidité. Il passe ses journées à vérifier des déclarations, à contrôler des comptes. Il sait ce qu’est un budget mal géré. Alors le sien, il le tient au cordeau. Mais c’est épuisant.

« Quand tu es contrôleur des finances publiques, les gens pensent que tu gagnes bien ta vie. La réalité, c’est que je suis un fonctionnaire de catégorie B avec deux enfants et un crédit. Je ne roule pas sur l’or. »

Malgré tout, Stéphane garde le cap. Dans deux ans, le crédit sera soldé. Dans quatre ans, il aura son matelas de sécurité. Et après, il pourra enfin penser à autre chose qu’à la survie financière.

« Peut-être même repartir en vacances avec les enfants. Ça fait trois ans qu’on n’a pas quitté Bordeaux. »

Une philosophie : tenir le cap, semaine après semaine

Pas de miracle, pas de coup de poker. Stéphane avance méthodiquement : 2 288 € de revenus cash, 2 173 € de dépenses, 115 € d’épargne mensuelle aujourd’hui. Puis, dans deux ans, une capacité d’épargne doublée grâce à la fin du crédit conso. Un marathon, pas un sprint.

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